Le rapport de Brodeck

Publié le par mrs pepys

            couvbrodeckEtre au mauvais endroit au mauvais moment. Une situation qui n'arrive pas qu'aux autres, comme Brodeck en fait l'expérience. Pour une histoire de rhume et de beurre, le voici contraint, par les hommes de son village, à rapporter un événement dramatique ainsi que les circonstances qui y ont conduit. S'attelant à cette tâche peu réjouissante, Brodeck s'efforce en parallèle de donner ses impressions sur les mois qui ont précédé l'événement, de chercher à comprendre ce qui a poussé ses concitoyens à commettre l'irréparable. C'est l'occasion aussi de dresser un bilan de sa vie, et peut-être de lui donner un sens nouveau.

 

            A propos de ce roman, des chroniques dithyrambiques ont été écrites. Je m'attendais donc à découvrir un chef d'œuvre. J'ai finalement lu un roman de qualité, mais qui n'est pas parvenu à m'enthousiasmer pleinement. Le travail mené sur l'Autre, sur la méfiance qu'il peut engendrer et les dérapages qui en découlent, éveille l'intérêt. Philippe Claudel décrit avec talent la bêtise et la violence dont sont capables les êtres humains. Il préfère souvent l'évocation à la description, l'implicite à l'évident. Le narrateur fait preuve d'une retenue qui accroît l'oppression régnant dans ce roman. On sort mal à l'aise de cette lecture, d'autant plus qu'en omettant de mentionner lieux et dates son propos a une portée générale.

            Au cours de la lecture, cependant, j'ai été gênée par une impression de confusion. Le récit non linéaire, où les retours en arrière ne sont pas forcément chronologiques, nuit à la cohérence du texte, sans malgré tout le rendre incompréhensible. Et surtout la période historique choisie est difficilement identifiable, mêlant des aspects manifestement empruntés à la Seconde Guerre mondiale à des circonstances qui rappelleraient davantage la fin du XIXe siècle. Le cadre paraît de ce fait bancal. Certains suspens sont peut-être aussi maladroitement ménagés : les révélations concernant l'épouse de Brodeck ou sa fille ne sont livrées qu'en fin de roman, mais étaient évidentes pour tout lecteur doté d'un brin de bon sens. Voici donc, à mes yeux, un ouvrage de qualité, en raison du style de l'auteur et de son propos, mais pour lequel je ne me relèverais pas la nuit.

 

Le rapport de Brodeck, Philippe Claudel, 2007.

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Misss-bouquins 19/07/2011 14:48



J'ai lu ce roman de P. Claudel après avoir lu Les âmes grises du même auteur et je dois dire que j'avais largement préféré Les âmes grises (même si j'avais eu du mal à rentrer
dedans, du au fait que les retours en arrières soient un peu brouillon comme tu l'as dit). J'ai également La petite fille de Monsieur Linh dans ma PAL.















Kikine 05/05/2011 03:39



J'ai essayé de le lire il y a un peu plus d'un an et j'avais abandonné. Il est toujours sur ma table de chevet car je me dis qu'un jour, je vais lui redonner sa chance ... enfin, je crois



djak 04/05/2011 22:18



ah parce que ça t'arrive de te relever la nuit pour des bouquins??? lequel?


cela dit, ce claudel, je ne le connais pas et ça ne me tente pas vraiment pour l'instant!



lasardine 03/05/2011 17:22



j'ai tellement, tellement aimé "La petite fille de monsieur Linh" que j'ai peur d'être déçue par les autres...


je n'ai pas relu l'auteur depuis, ça viendra je pense :)



mrs pepys 07/05/2011 16:05



Tu m'encourages à poursuivre ma découverte de Claudel.



Anis 02/05/2011 23:05



J'avais adoré ce roman. J'ai eu au contraire l'impression d'une construction extrêmement rigoureuse avec des effets ménagés pour rendre le suspense encore plus haletant. Il faut dire que je suis
une fan de Philippe Claudel, alors je ne suis peut-être pas bon juge.



mrs pepys 03/05/2011 17:16



La construction a peut-être été trop réfléchie, ce qui donne une impression de rigidité qui ne m'a guère plu. Mais je ne vais pas me laisser décourager, et je poursuivrai ma découverte de la
bibliographie de Philippe Claudel.