Le Libraire de Sélinonte

Publié le par mrs pepys

           couv libraire Le Libraire de Sélinonte a fait escale dans le salon de mrs pepys. C'est de chez Matilda qu'il a pris son envol, sans doute pour un long périple de Livre voyageur.

 

            Le récit s'ouvre sur le témoignage d'un jeune homme qui vit dans une ville jadis appelée Sélinonte. Il décrit avec beaucoup de délicatesse ce coin de Sicile où il fut le témoin d'une aventure étonnante. Il se souvient de son enfance, du jour où un petit homme vient s'installer à Sélinonte. Cet étranger apporte avec lui une incroyable quantité de livres, et invite rapidement la population à des lectures publiques. Mais seul Nicolino, le narrateur, aime venir l'écouter, tapi entre deux piles de livres. Chez les autres habitants de Sélinonte, le libraire suscite méfiance et inquiétude, ce qui ne manque pas de les conduire au faux pas qui condamne leur ville.

 

Le Libraire de Sélinonte est d'abord une ode à la lecture. L'auteur insère dans le récit des citations d'ouvrages de tous ordres, de Sophocle à Fernando Pessoa, en passant par Tolstoï. Il décrit un libraire au bord de l'extase quand il récite plus qu'il ne lit les œuvres choisies chaque jour pour les offrir aux habitants de Sélinonte. Le narrateur lui-même succombe aux charmes des mots, et ne peut se passer de ces moments de répit dans un quotidien bien terne.

 

Le roman appelle par ailleurs à une réflexion sur la tolérance, et sur les erreurs que peuvent commettre les hommes quand ils s'en écartent. L'auteur dénonce avec élégance la peur de l'autre, de celui qui est différent, et qui, peut-être, en connaît davantage. C'est dans cette atmosphère de crainte et de défiance que le récit bascule dans le fantastique. Le glissement se fait aisément, préparé qu'il est par une écriture poétique, aux phrases construites de mots choisis avec soin. Car le sens des mots est au cœur de l'œuvre, tant dans le style de Vecchioni, chanteur habitué à jouer avec le Verbe, que dans le questionnement proposé par le récit, aux frontières de la linguistique.

 

Sous des dehors légers, ce court ouvrage soulève moult interrogations sur le rapport des hommes à l'écrit, sur le pouvoir des mots. C'est une parenthèse enchantée, dont le lecteur ne se relève pas indemne.

 

Merci Matilda, pour cette belle découverte.

 

Le Libraire de Sélinonte, Roberto Vecchioni, 2007.

Commenter cet article

100choses 24/04/2010 15:16



Un autre livre découvert chez Matilda et qui est dans ma PAL. A ce que je vois ça a été une très belle découverte pour toi!



mrs pepys 26/04/2010 18:55



La dévoreuse qu'est Matilda est une grande pourvoyeuse d'idées de lecture.



Theoma 07/04/2010 23:23



Et dire que je ne connais pas ! Je note !



Leiloona 07/04/2010 21:08



Je ne sais plus trop si j'ai envie de lire ce roman car j'ai lu des avis mitigés. Mais le tien me donne envie de revoir ma copie.



Caro 05/04/2010 18:43



Ton billet est vraiment très beau et donne envie de se précipiter dans les pages de ce roman. Merci vraiment pour ce conseil. Dès demain, je fonce chez le libraire.



djak 05/04/2010 16:52



Intéressant! Je sens que je vais le noter également!