L'Homme-Alphabet

Publié le par mrs pepys

            couvhommealphabetAprès vingt années de prison, Clyde Wayne Franklin semble avoir retrouvé une vie normale. Il a tenté d'oublier son père, qu'il a assassiné, sa mère, qui s'est suicidée, et les jeux malsains auxquels ils l'ont contraint à assister puis à participer. Derrière les barreaux, son talent de poète a éclos, aidé par un atelier d'écriture. Le voici donc libre, capable de vivre de son art, et amoureux. C'est là que le bât blesse, car Barbie, sa petite amie, l'appelle à la rescousse. Le chantage qu'elle exerce auprès d'un homme politique très en vue tourne suffisamment mal pour que Clyde quitte la Californie pour la côte Est. Au cours de son enquête pour retrouver la jeune femme, les rencontres se multiplient, qui le précipitent toujours plus avant dans une affaire particulièrement embrouillée et perturbent son fragile équilibre psychologique.

 

            Si l'enquête menée par le héros structure ce récit de près de cinq cents pages, elle n'est pas l'unique propos de l'ouvrage. La folie tient une place considérable dans le roman. Elle est omniprésente, tant dans les inquiétudes de Clyde, qui craint de renouer avec ses vieux démons, que dans les chapitres consacrés aux interventions du clown Chuckles, sorte de seconde personnalité du poète. Ces passages sont caractérisés par une écriture hachée, à la ponctuation rare, au sens de plus en plus difficile à saisir à mesure que l'on progresse dans le roman. En parallèle avec les intrusions du clown s'accroissent les délires typographiques de l'œuvre. Des pages entières couvertes d'une même lettre, d'un unique mot ou de la répétition de quelques phrases alternent avec des jeux sur les caractères (taille, type de police…). La première moitié du roman présente un caractère touchant, car on s'intéresse au sort de ce héros hors norme, incapable de compter plus loin que deux (d'où des chapitres numérotés au gré de l'alphabet, subdivisés en deux parties uniquement), obnubilé par l'alphabet qu'il s'est fait tatouer sur tout le corps et plus encore par ses troubles psychiques. Et puis la machine s'emballe. L'auteur surjoue la folie et, dans le dernier tiers du roman, les excentricités typographiques basculent dans le ridicule. Les chapitres qui transcrivent la voix du clown deviennent quasiment illisibles. La vulgarité, en particulier dans le domaine de la chair, s'accentue, sans que cela soit véritablement indispensable au propos. Et c'est finalement avec soulagement que j'ai tourné la dernière page, déçue par un roman qui semblait prometteur. Le dénouement de l'intrigue a beau être finement construit, autour d'une machination diabolique, les dérapages typographiques rendent pénible la lecture. Malgré une intention initiale louable (travailler sur l'utilisation de l'espace dans la page, sur l'écriture, pour exprimer le trouble), l'auteur s'est laissé prendre à ce jeu et finit par en faire trop. L'Homme-Alphabet est présenté comme la première étape d'une trilogie, mais il est peu probable que je poursuive l'expérience.

 

L'Homme-Alphabet, Richard Grossman, 1993.

 

Merci à l'ami BOB et aux éditions du Cherche-Midi pour ce partenariat hors du commun.

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Ys 30/01/2011 19:07



J'allais écrire que les excentricités typographiques ne me gènent généralement pas, mais par contre, la vulgarité gratuite, si... ce livre est au programme de mes prochaines lectures...



mrs pepys 31/01/2011 07:08



Je suis impatiente de lire ton avis.



Anne 30/01/2011 15:45



Oups !! Je vais attendre d'autres avis alors ?!



mrs pepys 31/01/2011 07:07



C'était un partenariat avec BOB, ce qui implique un florilège d'avis très bientôt.