Ce salon tel que vous le connaissez, chers lecteurs, est désormais endormi. Son déménagement est bien entamé (plus de la moitié des billets sont disponibles dans le nouveau salon). Je n'ai pas l'intentention de le fermer dans l'immédiat et il restera tel qu'il est à titre d'archives, en particulier pour les commentaires, qu'il est impossible de faire migrer.
Rendez-vous à présent à l'adresse suivante : http://salondemrspepys.wordpress.com/
A Shanghai, la réputation de l'inspecteur principal Chen Cao n'est plus à faire. Ses talents de policier lui ont permis de
résoudre bien des enquêtes retorses, tout en ménageant les exigences du Parti. Ses aptitudes poétiques lui apportent le soutien des lettrés et l'admiration de certains administrés. La liste de
ses obligés, auxquels il a rendu service le plus souvent par intégrité ou par gentillesse, ne cesse de s'allonger. Quand un cadre de la municipalité shanghaienne est retrouvé pendu dans la
chambre d'hôtel où les autorités l'ont consigné le temps de faire la lumière sur un scandale de corruption, c'est tout naturellement qu'on fait appel à l'inspecteur Chen. D'abord simple
conseiller sur une enquête aux conclusions en apparence évidentes, il est rapidement jeté au cœur d'une affaire qui fait la part belle aux cyber-citoyens. Novice en la matière, l'inspecteur-poète
découvre le nouvel espace d'expression que sont les blogs, encore mal contrôlés par le Parti.
Au hasard d'un passage en librairie (il pleuvait à verse, et il était indispensable de s'abriter…), ce dernier volume de la série m'a sauté dans les mains. Aussitôt vu, aussitôt lu, car l'inspecteur Chen fait partie de mes chouchous.
Cette huitième enquête réunit les ingrédients qui m'ont fait, depuis plusieurs années, adorer la série. L'auteur s'efforce, une fois encore avec talent, de mêler enquête policière et tableau de la Chine contemporaine. Les préoccupations d'un pays en pleine mutation tiennent une place essentielle dans chacune des intrigues. Ici, c'est l'intérêt de nombreux Chinois pour Internet qui est mis en avant (après les ravages de la pollution dans Les courants fourbes du lac Tao). Dans un pays où la liberté d'expression n'est encore qu'une abstraction, le contrôle malaisé, et souvent contourné, de la toile en fait un lieu où il est possible de dénoncer les aberrations du "socialisme à la chinoise", en particulier les abus qui ne servent que certains cadres du Parti unique. Au gré des pérégrinations de l'inspecteur Chen, l'auteur aborde aussi les évolutions architecturales de Shanghai. Charmes habituels des romans de la série, la cuisine et la poésie sont mises en avant (quelques noms d'auteurs glanés au fil de cette lecture, ainsi que le nom d'un thé encore inconnu).
Une nouvelle fois, Qiu Xiaolong m'a fait passer un excellent moment, son œuvre dans une main, et une tasse de Puits du dragon dans l'autre.
Cyber China, Qiu Xiaolong, 2012.
Au moment où s'ouvre une exposition double sur le Caravage (à Toulouse et Montpellier), j'ai enfin osé entrer dans ce roman fleuve
qu'est La Course à l'abîme (près de huit cents pages).
De l'enfance lombarde de l'artiste à la fuite perpétuelle pour échapper à ses poursuivants, en passant par ses succès dans la Rome d'un XVIIe siècle naissant, c'est la vie tout entière de Michelangelo Merisi, dit Caravaggio, qui est mise en scène.
Une large place est faite au peintre, mais l'homme, dévoré de passions et enclin aux coups de tête, est aussi au cœur du récit. Autour de faits avérés vient s'insinuer avec talent l'imagination de l'auteur, qui comble les manques de l'Histoire. Le fort tempérament de Caravaggio en fait un personnage d'une richesse incomparable. Le tableau de sa vie privée tumultueuse éclaire d'un autre jour des œuvres que connaît le lecteur. La destinée de Caravaggio est fort habilement inscrite dans l'atmosphère d'une Rome baroque souvent méconnue. Le poids de la Réforme catholique, les rivalités entre partis espagnol et français, l'influence du Saint-Office, mais aussi les enjeux politiques qui se nouent autour des artistes sont rendus avec talent. On apprécie la lecture ambivalente des tableaux, l'analyse des symboles religieux qu'ils peuvent renfermer. On se jette régulièrement sur un livre d'art ou sur Internet pour avoir sous les yeux l'œuvre que l'auteur dissèque délicatement. Un seul regret peut-être : la longueur du roman, qui manque parfois de rythme et se perd dans des circonvolutions narratives.
Merci, Gwenn, pour m'avoir fait partager ton intérêt particulier pour ce roman.
La Course à l'abîme, Dominique Fernandez, 2002.

La mort de Rosamond prend Gill au dépourvu. Personne n'imaginait une disparition si subite, et encore moins que son testament
mentionne Imogen, une quasi inconnue pour les membres de la famille. Gill se souvient d'une enfant, rencontrée près de vingt-cinq ans auparavant, mais elle ne sait où la trouver. En faisant un
peu de rangement chez Rosamond, Gill découvre plusieurs cassettes, accompagnées d'un mot bref à son attention. Elles sont destinées à Imogen, mais Gill se décide à les écouter dans l'espoir
qu'elles révèlent un indice pour retrouver la jeune femme. Mi récit, mi confession, les enregistrements éclairent, à partir d'une vingtaine de photographies choisies avec soin, soixante années de
l'histoire familiale. Rosamond dévoile les grands moments de sa vie, où s'entremêlent bonheurs familiaux, brouilles et déceptions.
Dans deux récits qui se croisent, trois générations de femmes livrent leurs secrets. A la lumière du passé, que révèle Rosamond, le présent se lit différemment. L'atmosphère est intimiste, et invite le lecteur à tourner les pages sous une lumière tamisée, une tasse fumante à portée de main. Dans l'ombre de la grande histoire, joies et drames créent entre ces femmes des liens inaltérables. Les peines de l'enfance, les désillusions de l'âge adulte, les choix et les hasards tissent la trame de leurs vies. Souvent mélancolique, parfois triste, le texte laisse néanmoins une large part à l'optimisme. Les personnages principaux, Gill, Rosamond et Imogen, sont particulièrement attachants. En dépit des obstacles et des déceptions, toutes trois refusent de renoncer. Beatrix et Thea partagent la même douleur, la même difficulté à aimer. Leurs défauts et leurs erreurs les rendent plus touchantes encore.
La plume de Jonathan Coe guide à merveille le lecteur, l'émeut par la gravité du ton. Ce roman est aussi étonnant que son titre. Il se déguste avec juste ce qu'il faut de lenteur pour le faire durer aussi longtemps que possible. Et pour ceux qui souhaitent renouer avec son atmosphère, il ne reste plus qu'à se plonger dans la première nouvelle de Désaccords imparfaits, "Ivy et ses bêtises", qui met en scène certains des personnages de La pluie, avant qu'elle tombe.
La pluie, avant qu'elle tombe, Jonathan Coe, 2007.
C'est plus fort que lui. Félicien est un procrastinateur. Même pour acheter le cadeau qu'il offrira à sa chère et tendre pour ses trente ans, il
s'y prend à la dernière minute. Et c'est le drame. Non seulement il ne peut mettre la main sur le cadeau qu'il avait envisagé, mais les créateurs de mode le trahissent, changeant subitement de
style cette saison et ruinant toutes les options secondaires. Une seule solution s'impose à lui. Elle lui semble évidente, mais le prix est si élevé qu'il le fait d'abord hésiter, puis regretter
cet achat. Sans compter que ce cadeau si coûteux va transformer la journée de Félicien en un véritable parcours d'obstacles.
Une idée de départ alléchante, un style enlevé et agréable, j'étais prête à succomber aux charmes de ce roman. Mais Félicien est venu, là aussi, tout gâcher. Les tergiversations sans fin, les maladresses grossières et, parfois, la stupidité de ce garçon en font un personnage agaçant. Comme il tient le devant de la scène, c'est bien ennuyeux. Un trajet de train a suffi pour venir à bout des quelque cent quarante pages. Mais il a fallu bien plus de temps pour que l'irritation causée par ce dadais ne disparaisse. J'aurais pu apprécier Un cadeau, mais son héros caricatural a gâché le plaisir. D'autres, moins allergiques aux indécis congénitaux, y trouveront sans doute leur compte.
Merci, Mélanie, pour cette lecture expérimentale.
Un cadeau, Eliane Girard, 2012.
Blog en cours de déménagement :
les anciens billets sont rapatriés progressivement, et les nouveaux publiés en priorité dans le nouveau salon : http://salondemrspepys.wordpress.com/
aucune lecture commune prévue dans l'immédiat...
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