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     En souvenir des salons qui animèrent la vie parisienne du XVIIe siècle au XIXe siècle, en mémoire des Catherine de Vivonne et autres Mme Geoffrin, mrs pepys inaugure son salon. Les discussions feront la part belle aux impressions de lecture de votre hôte, mais pourront aborder aussi, si le hasard s'y prête, des visites d'expositions, des expériences cinématographiques.
Mardi 29 mai 2012 2 29 /05 /Mai /2012 18:47

couvmitsuba.jpg     Il n'est pas tous les jours facile d'être shôsha-man, l'employé d'une sôgô-shôsha. Takashi Aoki a vu son père y laisser sa santé, mais cela ne l'a pas découragé. A presque trente ans, son entreprise prévoit de l'affecter dans sa succursale de Paris. Si l'offre est alléchante, elle n'arrange guère Takashi qui vient de rencontrer l'épouse de ses rêves, Yûko. Lors d'un rendez-vous au café Mitsuba, les deux amoureux se promettent l'un à l'autre. Mais la jeune femme est pleine de charme, ce qui n'a pas échappé au fils d'un des supérieurs de Takashi. Entre le cœur et les exigences sociales, il va être difficile de choisir.

 

     Une fois encore, après les cinq romans du Poids des secrets, Aki Shimazki enchante le lecteur. Dans un texte court (cent cinquante pages), elle réussit à créer des personnages profonds et humains, aussi bien qu'à ancrer son récit dans un contexte d'une incroyable précision. Les sentiments ont la part belle, pour le plus grand plaisir du lecteur qui ne peut qu'admirer la finesse avec laquelle l'auteur les dépeint. Mais ce qui occupe toute la place ici, c'est le carcan des exigences sociales dans la société japonaise du début des années 1980. Les contraintes sont manifestes autant dans les relations professionnelles, surtout hiérarchiques, que dans le cadre familial. Le respect du plus puissant ou du plus âgé apparaît poussé à l'extrême. Et qui refuse de s'y plier est immédiatement sanctionné. Le roman se construit autour d'un dilemme de taille : faut-il condamner la réussite sociale au profit d'un bonheur personnel et familial ? Pour connaître le choix des héros, il ne reste plus qu'à se plonger dans Mitsuba, qui n'est qu'un prélude puisque deux autres romans lui sont liés, Zakuro et Tonbo.

 

Mitsuba, Aki Shimazaki, 2006.

Par mrs pepys - Publié dans : littérature contemporaine
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Dimanche 27 mai 2012 7 27 /05 /Mai /2012 15:42

couvregles     Invitée au vernissage d'une exposition de photographies, Katey croise, sur deux clichés, le visage d'un ami perdu de vue, Théodore, dit Tinker, Grey. Ces deux portraits suffisent à raviver des souvenirs qu'elle avait profondément enfouis.

     Trente ans après, Katey se remémore l'année 1938, celle où sa rencontre avec Tinker Grey a donné une nouvelle orientation à sa vie. Lorsqu'elle fait la connaissance de ce jeune homme aisé, elle n'est qu'une petite dactylo d'origine russe et se contente des plaisirs simples de la vie. En compagnie de son amie Eve, elle écoute du jazz dans les bars, séduit les hommes en mesure de leur offrir un verre et boucle avec peine les fins de mois. Avec Tinker Grey, croisé un soir de Saint-Sylvestre, des liens plus étroits se tissent, d'abord par affinités, puis un peu par obligation, après que le trio a été victime d'un accident de voiture. Tandis qu'Eve goûte à la grande vie aux côtés de Tinker, Katey bouscule son destin, en changeant de métier et de fréquentations. La soif de réussir anime les trois jeunes gens, qui s'engagent sur des voies différentes, avec plus ou moins de succès. Car, pour triompher, il est indispensable de connaître les règles du jeu.

 

     En me présentant ce roman, Mélanie a commencé par exprimer son indécision perplexe, entre un plaisir de lecture qui fait tourner les pages jusqu'à la dernière, en quasi apnée, et l'impression que tout ne colle pas parfaitement dans ce texte. Lorsqu'à mon tour j'ai refermé ce livre, dévoré en une journée, il m'aurait été bien difficile de dire que je l'avais vraiment apprécié. L'intrigue est construite de telle sorte que le lecteur n'aspire qu'à en connaître le dénouement. Le style est suffisament neutre et fluide pour que la lecture soit aisée, voire agréable. Point de grande réflexion philosophique nécessitant concentration ou méditation.

     L'amour et la réussite sociale se partagent l'essentiel du propos. L'intrigue se déroule certes à la fin des années 1930, dans un contexte de sortie de crise, à la veille d'une nouvelle guerre qui se dessine déjà largement à l'horizon. Mais, contrairement à ce qu'annonce la quatrième de couverture, le fond historique reste secondaire. Le jazz, les évocations de la guerre civile espagnole et les références faites à la mode ne suffisent pas pour ancrer le roman dans son époque. A plusieurs occasions, les réactions de l'héroïne, plutôt libérée, semblent même un tantinet anachroniques, rappelant davantage celles des années 1950 ou 1960.

     Les Règles du Jeu présente nombre d'aspects propres aux romans d'éducation. Et c'est sans doute là que se trouve son intérêt principal, ce qui pousse à tourner les pages. Kate est un personnage suffisamment complexe pour que les évolutions qu'elle connaît soient attrayantes. On regrette néanmoins que les personnages secondaires penchent vers la caricature, qu'il s'agisse de Tinker ou d'Eve dont les destins manquent de subtilité, sans compter que certains disparaissent du récit sans crier gare.

 

     Impossible donc de crier au génie devant ce premier roman, même s'il saura séduire nombre de lecteurs qui n'en retiendront que l'intrigue gentiment ficelée. Une lecture sans prétention, idéale pour les vacances.

 

Merci, Mélanie, pour le prêt.

 

Les Règles du Jeu, Amor Towles, 2011.

 

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Par mrs pepys - Publié dans : littérature contemporaine - Communauté : Le salon de lecture
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Lundi 21 mai 2012 1 21 /05 /Mai /2012 06:00

expomorisot     S'il est une peinture qui séduit aujourd'hui le public, c'est bien celle des impressionnistes. En témoignent le succès de l'exposition Monet proposée au Grand Palais en 2011, ou les foules qui, chaque année, parcourent le Musée d'Orsay. Aux côtés des Monet, Renoir, Degas et autres Manet se tient dans l'ombre une femme souvent méconnue, Berthe Morisot. Il faut avouer que je n'étais guère au point sur la biographie et l'œuvre de la dame il y a quelques semaines encore. Un complot du destin a fort heureusement remédié à cela. Tout commence par le choix opportun fait par Gwennaig, qui m'a offert la très belle biographie écrite par Dominique Bona. Puis est venue la préparation d'une épreuve professionnelle en Histoire de l'Art, qui a contribué à approfondir mes connaissances sur la peinture de la fin du XIXe siècle. Et enfin, telle une apothéose, s'impose l'exposition que consacre le Musée Marmottan à Berthe Morisot.

 

     Bien loin de la vie de bohème que l'on pourrait lui imaginer, cette femme est parvenue à faire cohabiter les exigences de son milieu social et sa carrière de peintre. Berthe Morisot est issue d'une famille bourgeoise, où elle acquiert aussi bien des valeurs un tantinet rigides qu'une solide éducation artistique. La peinture la passionne tant qu'elle refuse de la sacrifier, comme le fait sa sœur, sur l'autel du mariage. Son talent et sa curiosité lui permettent de fréquenter ces peintres qui affolent la critique. Elle devient l'amie et le modèle d'Edouard Manet (dont elle finit par épouser le frère, Eugène), reçoit Degas, Pissaro, Renoir, Monet et Mallarmé. Elle affirme un style qui lui est propre, tout en finesse, influencé par la pratique de l'aquarelle, flirtant souvent avec l'abstraction. Elle se plaît à peindre des paysages en plein air, comme ses confrères impressionnistes. Mais ce qu'elle aime par-dessus tout, c'est faire poser ses proches, ses sœurs d'abord, puis sa fille, Julie, surtout.

 

couvmorisot     Avec un style simple et subtil, Dominique Bona s'attache à faire découvrir la femme et son œuvre, aussi bien que le monde artistique dans lequel elle baigne. La minutie des recherches alimente le propos, où affluent moult détails et anecdotes. Le récit insiste sur la singularité du destin de Berthe Morisot, s'interroge sur ses pans d'ombre (la destruction des toiles de jeunesse, le doute permanent qui tiraille une artiste perfectionniste…). Non seulement on apprend à mieux connaître l'héroïne de cette biographie, mais on s'immerge dans le Paris de la fin du XIXe siècle. La place des femmes dans la société, les querelles artistiques autour des Salons, les ravages de la guerre de 1870 et le siège de Paris par les Prussiens remettent en perspective le parcours de Berthe Morisot, les choix qui furent les siens. Ainsi l'exposition du Musée Marmottan prend tout son sens à la lumière de ce texte, qui livre les clés nécessaires à la lecture des nombreux tableaux proposés. Il est certes possible de profiter de l'exposition sans avoir lu l'ouvrage de Dominique Bona, mais il révèle des informations qui mettent en valeur certaines œuvres, leur confèrent une profondeur qu'elles n'ont pas à première vue.

 

     La plume de l'auteur m'a à ce point enthousiasmée que je me suis procurée son nouvel ouvrage, Deux sœurs, Yvonne et Christine Rouart, Les muses de l'impressionnisme, dont Grillon parle si bien. Et une seconde visite au Musée Marmottan n'est pas improbable…

 

Berthe Morisot, Le secret de la femme en noir, Dominique Bona, 2000.

Par mrs pepys - Publié dans : essais - Communauté : Le salon de lecture
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Samedi 19 mai 2012 6 19 /05 /Mai /2012 15:50

couv1q84

 

    La fin du Livre 2 laisse le lecteur en proie à de multiples interrogations, au sujet du devenir d'Aomamé, de la réaction des Précurseurs après la mort de leur leader, de la relation entre Tengo et Fukaéri. Dès les premières pages du Livre 3, quel que soit le temps qui s'est écoulé depuis la lecture du volume précédent, on replonge sans difficulté dans l'univers étrange de l'année 1Q84.

     On retrouve les personnages tels qu'on les avait quittés. Au cours de ces derniers mois, l'intrigue se construit autour de deux fils principaux. Le lien entre Tengo et Aomamé, et leurs inéluctables retrouvailles, est le cœur du roman. Tandis que l'un séjourne au chevet de son père mourant, la seconde vit en recluse pour éviter les représailles des Précurseurs. Pourtant ils se rapprochent peu à peu.

     En plus des voix des deux héros, qui alternent comme dans les Livres précédents, s'ajoute le point de vue d'Ushikawa. Cet homme au physique improbable est lancé sur la trace d'Aomamé par les Précurseurs. Son récit est essentiel pour nourrir le second fil narratif du roman, à savoir la traque dont la jeune femme fait l'objet.

 

     Après la mise en place de l'univers (particulièrement soignée), la montée du suspense créée par l'irruption des Précurseurs sur le devant de la scène, ce Livre 3 est assez pauvre en événements. On regrette l'inventivité du premier volume et la tension narrative du deuxième. Cette fois, une large place est faite à l'introspection, aux réflexions et hypothèses de chacun des personnages. Ce n'est pas qu'on s'ennuie, mais on reste un tantinet sur sa faim. Rien de bien nouveau sous les deux lunes. L'introduction du personnage d'Ushikawa ne suffit pas à donner l'élan nécessaire pour relancer le récit après le relâchement de la tension qui dominait dans le roman précédent. Quant au dénouement, assez prévisible, il laisse ouverte la porte sur une poursuite du récit.

     Malgré ces faiblesses, la lecture du Livre 3 reste plaisante pour ceux qui se sont laissés subjuguer par les deux volumes précédents, car le style de Murakami est toujours enchanteur, bien servi par une traduction soignée.

 

Merci Mélanie !

 

1Q84 - Livre 3 (Octobre-Décembre), Haruki Murakami, 2012.

 

Par mrs pepys - Publié dans : littérature contemporaine - Communauté : Le salon de lecture
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Mardi 15 mai 2012 2 15 /05 /Mai /2012 16:20

couvoishinbo.jpg     Dans mon colis de swap "Cinéma et chocolat" se trouvait ce manga. Il s'agit d'un volume regroupant, pour la parution de la traduction en anglais, des épisodes choisis parmi les plus de cent volumes parus au Japon pour cette série. Une mise en bouche très réussie.

 

     Pour célébrer son centième anniversaire, le journal Tozai News décide de lancer une réflexion sur ce qui serait le "Menu Ultime", à savoir un repas exemplaire qui rassemblerait les meilleurs plats de la cuisine japonaise. Ce projet est confié à Shiro Yamaoka. Un choix en apparence peu opportun, car le jeune journaliste manque cruellement d'entrain et d'initiative. Cependant, il se révèle être un fin gourmet en même temps qu'un cuisinier de talent. Ces qualités, il les doit à son père, Yuzan Kaibara, fondateur du Club des Gourmets. Malgré leur goût commun pour la bonne chère et l'amour de la cuisine bien faite, les deux hommes, fâchés, ne s'adressent plus guère la parole. L'essentiel des dix histoires réunies dans ce volume met en avant la rivalité entre Shiro Yamaoka et son père, qui s'exerce le plus souvent dans la réalisation des plats les plus parfaits qui soient, et les plus fidèles à l'esprit de la cuisine nippone.

 

     L'univers de ce manga est très riche. Non seulement l'intrigue principale est nettement perceptible dans les épisodes sélectionnés, mais le récit permet de mieux appréhender les arcanes d'une gastronomie souvent mal connue en Occident. Le vocabulaire est assez technique, mais de nombreuses notes facilitent la compréhension et une meilleure immersion dans le monde culinaire. Les raffinements de la préparation, le rôle de la vaisselle, l'art de déguster les plats sont autant de thèmes abordés. Les personnages principaux sont suffisamment caractérisés pour que le lecteur anglophone s'y retrouve malgré les ellipses. Depuis la fin de cette lecture, je n'ai de cesse de me procurer d'autres volumes de la série pour continuer cette découverte.

 

Merci Catherine !

 

 

Oishinbo - Japanese Cuisine (A la carte - volume 1), Tetsu Kariya & Akira Hanasaki, 2009.

 

Par mrs pepys
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